Les vacances en France • Le Tour des Dents Blanches, #J2 et #J3

On s’est écroulé.e.s la veille, et on a dormi d’une traite. Réveil matinal et petit déjeuner au refuge avant d’entamer la deuxième journée du Tour des Dents Blanches. On attaque avec le tour du lac de la Vogealle, direction le Pas de l’Ours. Petite montée assez raide mais qui se fait sans difficulté ; une fois le Pas de l’Ours franchit, nous voilà dans un pierrier d’un blanc éclatant, la Combe aux Puaires. On avance, on saute, on fait des pas de côté, et de l’autre côté du pierrier semble nous attendre un vallon verdoyant. Mais voilà, on commence à se poser quelques questions. Nos antennes nous disent qu’on est pas vraiment sur le bon chemin, la carte IGN ne fait que confirmer cette impression. Cela fait déjà plus de 3 heures que l’on marche, et si détour il y avait, il serait très grand. On décide de continuer à avancer jusqu’au prochain croisement de routes, avec les panneaux adéquats. Verdict : on fait complètement fausse route. C’est ici que la journée “plus cool” de 4 heures de marche se transforme en une vraie épopée sportive de 8 heures. On rebrousse chemin, et on emprunte un petit sentier qui semble grimper “un peu” ; on aperçoit notre première marmotte, non sans émotion. La suite de la ballade s’avère intense. Nous faisons complètement demi-tour mais un étage plus haut, afin de ne pas repasser par le pierrier. En arrivant à nouveau en lac de la Vogealle, mais cette fois vu d’en haut, on mesure l’étendue des dégâts … Pas grave ! On aura fait un petit bout en plus, et puis c’était joli là-bas. 

Face à la Combe aux Puaires

Cette fois-ci, on est sur les rails. On a le lac en contre-plongée, on continue à grimper jusqu’au Pas au Taureau ; c’est raide, on est dans les rochers, j’ai chaud et je fais mon possible pour ne pas trop lever les yeux car au point d’arrivée se trouve un randonneur, debout, fier, en short ample. Je n’ai pas signé pour admirer les attributs d’une autre personne que Celim sur cette randonnée, ça ne sera pas pour moi aujourd’hui ! On finit par accéder au petit passage du Pas au Taureau qui se situe entre deux roches culminant à 2 555 mètres ; on salue notre compagnon de route, ravi.e.s de ne pas avoir accédé à son intimité. On ne le sait pas encore, mais on se situe alors sur le flanc des Dents Blanches. La vue à 360° est grandiose, et surprise : on aperçoit le Mont-Blanc l’espace de 3 minutes, sous sa couronne de nuages. On reste quelques minutes à apprécier le panorama et on est reparti.e.s pour la descente de l’autre versant. De la pierre, de la pierre, de la pierre et … un petit troupeau de bouquetins ! Ils nous passent sous le nez, et on va s’amuser pendant un petit quart d’heure à les suivre, les observer, tenter de les approcher (sans succès évidemment). Après ce moment tout doux, on reprend la marche, direction le refuge de Bostan. La descente nous parait interminable, on n’a qu’une envie : arriver au refuge, retirer nos chaussures et boire une bière. 

Coucou les curieux.ses

Arrivée au refuge aux alentours de 16-17h, on découvre la chambre que l’on partagera avec deux autres familles. On se pose sur la terrasse pour la fameuse bière, bien méritée. C’est au moment du repas que les choses se gâtent … On fait la rencontre d’un papa, seul avec ses 3 enfants. Sur le papier, c’est mignon ; en réalité, c’est l’enfer. Le plus âgé des trois, qui doit avoir environ 10 ans, avale sa soupe à la grande cuillère, sans lever la tête de l’assiette avec des bruits de raclements de couvert et de succion qui me sortent vite par les trous de nez. Cerise sur le gâteau : il finit par recracher la soupe dans l’assiette creuse et reprend son cirque infernal. Je suis face à lui et je jette des coups d’œil désespérés à Celim. Celui du milieu tient ensuite à faire connaissance et se renseigne sur mes tatouages et mes bijoux. “Mais du coup, quand tu seras morte, est-ce qu’on t’enterrera avec tes bijoux ?” Bien, bien, bien. Je n’étais pas prête. Le petit insiste, me parle de ma mort, et refuse de manger. Sa petite sœur demande à son père s’il finira par mourir car il ne mange pas. Grosse ambiance. Evidemment, il s’agit d’une des familles avec qui nous partageons la chambre. Les choses ne s’arrangent pas à l’heure du coucher car l’aîné panique ; il fait une dizaine d’aller-retours aux toilettes, il gémit, il a mal au ventre. Je commence à me sentir vraiment très mal à l’aise. On éteint la lumière, en espérant avoir quelques heures de répit pendant la nuit. Peine perdue. Le plus grand passera sa nuit à pleurnicher, à se retourner dans son lit (qui grince pour ne rien gâcher), à geindre. J’ai envie de lui balancer mon oreiller ; je suis épuisée, je voulais me reposer. ça ne sera pas pour cette nuit. Réveil un peu ronchon le lendemain matin. Nous sommes installé.e.s à la même table pour le petit déjeuner, mais on s’éclipse discrètement sur la terrasse pour ne pas avoir à côtoyer la petite famille. Qu’on s’entende bien, zéro animosité : simplement trop creepy pour nous, petit couple presque normal 🙂

Nous sommes parti.e.s pour la dernière journée de rando du Tour de Dents Blanches, non sans un petit pincement au cœur. Première étape jusqu’au refuge de la Golèse, sur un petit sentier entouré d’herbe. La lumière matinale est douce et chaude, on finit de se réveiller en même temps que la nature qui nous entoure ; c’est très agréable. La suite du chemin est tout aussi tranquille. On passe une petite phase arborée, ça grimpe pas mal mais ce qui est “compliqué” ici c’est plus la longue distance que le dénivelé. Et au troisième jour de rando avec une nuit agitée dans les pattes, on le sent d’autant plus. La route en terre nous mène jusqu’au Col de Coux à 2003 mètres ; ici le vent se lève, on ressort les pulls. La vue est dégagée et en se renseignant auprès d’autres randonneurs, on avise la crête que l’on longera sur les prochains kilomètres. 

En parlant de cette crête ! Nous y sommes. Le paysage est net, on distingue bien les massifs autour de nous. On regarde à droite et à gauche, on fait une pause pique-nique. Et soudain, ça nous frappe : est-ce que ça ne serait tout simplement pas les Dents Blanches dressées juste en face de nous ? Pendant ces trois jours finalement, on a l’impression de ne pas les avoir vues. Et maintenant ça fait sens. On re-calcule, on visualise nos trajets et là, ça nous apparaît clairement : nous n’avons fait que tourner autour de celles-ci, de plus ou moins près c’est sûr. Mais elles étaient là tout le temps, dressées fièrement au-dessus de tout. Petite émotion lors de cette prise de conscience. Photo souvenir, évidemment. On se regarde et on se le dit : “on l’a fait”. Il ne nous reste plus qu’à re-descendre, à travers un petit bois bien abrité. Les derniers kilomètres se franchissent gaiement ; on croise beaucoup de promeneur.se.s sur les derniers mètres ; rien à voir avec l’ambiance du premier matin, dans la pluie et le brouillard, où nous avions l’impression d’être seul.e.s au monde. Et ici, encore une fois, ça nous frappe : la première nuit que l’on a passé avant notre départ, là où on avait garé la voiture … C’était au pied des Dents Blanches. Maintenant on le voit, elles surplombent le petit parking.

Tout le long de notre périple, elles nous auront veillé, accompagné et regardé du coin de l’œil. Ce n’est qu’à la toute fin que l’on s’en rend compte. 

Dernier petit high five en arrivant à la voiture. On est fièr.e.s de notre première “grosse” rando sur plusieurs jours. On dé-compressera en s’enfilant raclette et fondue à Gruyère, sur le chemin de retour. Il fallait bien ça pour clore les vacances.