Islande • #J8 part. I (Húsavík / Mývatn / Víti)

Ce sera donc pour moi la nuit la plus pénible du voyage. J’ai froid, et je ne peux pas dormir à cause des mufles qui ont décidé de faire une partie de foot sur le terrain qui borde notre emplacement de tente. Ça hurle dans tous les sens (mais pourquoi est-ce qu’il doivent hurler comme ça ? ), et moins je dors plus j’ai froid. Je me lève un peu chafouin, je décide d’aller prendre une douche pour me changer les idées. Pas de chance, j’oublie qu’ici c’est de l’eau pleine de souffre qui sort. Mes bagues en argent deviennent noires.

Mais j’oublie vite mes petites déceptions car aujourd’hui, on prend le bateau pour aller en mer voir les baleines. On l’a déjà fait une fois lors de notre séjour au Québec, et Celim le sait, on ne repart pas si on en a pas vu au moins une. On choisit la compagnie NorthSailing qui propose une observation silencieuse des baleines, plus respectueuse de l’animal et de son environnement (pas d’empreinte carbone, bateau électrique dont le moteur est coupé lors des phases d’observation). On met notre combinaison qui nous donne l’air de deux bibendums bariolés (très classe), et on embarque avec un mélange d’excitation et d’appréhension.

Le bateau démarre, on avance loin du port, on croise quelques macareux en route (ce sont les premiers qu’on voit d’aussi près). On fait une première halte, et là clairement … Je regrette d’avoir pris un petit déjeuner (« ah non mais je t’assure, pour prendre le bateau, il faut vraiment que j’aie quelque chose dans le ventre »). Nope. Mauvaise idée. Le bateau tangue d’avant en arrière et de gauche à droite. Tellement fort que j’ai plusieurs fois l’impression qu’on va tomber à plat sur l’eau. Celim se moque : « tu crois vraiment qu’avec un bateau, qui est pensé pour aller sur l’eau, tu vas te retrouver dans la flotte ? » Et puis … zéro baleine à l’horizon. On scrute, tout le monde est aux aguets, on se fait des fausses joies, … mais rien. L’équipage décide de remettre le moteur et d’avancer plus loin. On fait une deuxième halte, on se balance toujours autant. Je suis assise à côté d’une femme d’un certain âge, que je vois déglutir une fois, deux fois. Elle s’avance tranquillement jusqu’à la barre, et là je pense que c’en est fini pour elle. Elle ne quittera la barre qu’une ou deux fois pendant la promenade, peut-être pour reprendre un petit bol d’air frais ; elle passera le reste du trajet à nourrir la faune locale.

Sûrement ameutées par un reste de petit-déjeuner par dessus-bord, les baleines commencent à pointer doucement leur nez. On sait qu’elles sont là lorsque l’on commence à entendre leur souffle puissant au loin. Un jet de plusieurs mètres de haut l’accompagne, et bientôt, on voit sortir une épine dorsale une fois, deux fois, trois fois … Parfois le ballet s’accompagne du jaillissement d’une queue, épaisse et sombre, qui disparaît dans le fond marin avec grâce. En tout, on voit 4 baleines différentes ; l’une d’entre elles joue avec sa nageoire, elle se met sur le côté et tapote la surface de l’eau. J’ai toujours été très attirée par ces animaux marins que je trouve majestueux et élégants. Les apercevoir dans un cadre si sauvage est une expérience vraiment unique. C’est toujours un peu difficile de les quitter et de tourner les talons, mais le souvenir de ce genre de rencontre reste toujours très intense.

On redémarre pour retrouver la terre ferme ; sur le chemin du retour, on nous sert un chocolat chaud et une pâtisserie à la cannelle. Mauvaise idée bis. Ils sont désormais 2 ou 3 à la balustrade et les matelots livides se relaient pour occuper les toilettes du bateau. A l’arrivée, même si j’ai gardé l’intégralité de mon repas avec moi, j’avoue que le fait de poser les pieds sur terre est assez réconfortant. On est sains et saufs ! On retourne dans la voiture, on descend aujourd’hui au lac de Mývatn ; c’est un arrêt très attendu pour nous, on a même prévu d’y passer deux nuits.

***

J’ai mis du temps à reprendre l’écriture de ce récit parce que je savais ce qui m’attendait. Mývatn, le cratère Víti, Leirhnjúkur, Hverir … Un condensé de sites exceptionnels que l’on visite bout à bout, presque sans pause. C’est bluffant, on en garderait presque la bouche bée … s’il n’y avait pas toutes ces mouches autour de nous. Parce que le Guide du Routard n’insiste pas vraiment là-dessus et au final, personne ne nous en a trop parlé, mais étymologiquement, Mývatn ça se traduit ainsi : « le lac des mouches ». Et c’est pas une appellation douteuse, ni un jeu de mot ou quelque chose « pour faire genre ». Non. Le site est infesté de mouches, ça rentre dans tous les orifices imaginaux et même si ces touristes qu’on croise avec leur filet sur la tronche on l’air bien ridicule, secrètement on les envie.

Bref, après quelques de routes en redescendant d’Húsavík, on aperçoit le lac en contrebas, on gare la voiture pour admirer le panorama et on prend conscience assez rapidement du potentiel relou des volatiles qui se pressent déjà autour de nous. Peu importe ! On fait un tour dans Reykjahlid, le centre le plus important de la région de Mývatn et qui signifie « le flanc de colline des fumées », on s’arrête au point info assez longtemps (= environ 2 minutes 30) pour que Celim égare son peigne, ce qui sera en soit, le drame du voyage. Et nous voilà repartis pour explorer les environs, avec un premier arrêt au cratère Víti. Puisqu’on parle étymologie, Víti signifie « enfer » et c’est assez déroutant quand on aperçoit cette étendue d’un bleu-vert laiteux, paisible au milieu de ce cratère rouge-orange … le contraste est saisissant. On en fait le tour en une petite heure, en croisant un petit troupeau de mouton qui semble lui-même ne pas savoir ce qu’il fait là et un gué de boue dans lequel Celim laissera un peu de dignité et presque une chaussure. On ne sait pas trop ce qu’il se cache dans les profondeurs de cette eau nébuleuse, sûrement quelques secrets indicibles. Le panorama est frappant, on a aperçoit au loin de le champ de lave Leirhnjúkur d’un côté et de l’autre les tuyaux de l’usine géothermique située un peu plus bas.